n'enterrez pas la génération X trop tôtEn France, pour que l’on s’intéresse à vous, vous devez être  « Jeune » (moins de 30 ans) ou « Senior » (plus de 50). Rien entre les deux !
On parle des jeunes car ils représentent l’avenir et avec un taux de chômage inquiétant (8,5%), ils font l’objet de l’attention politique et économique.
Comme je l’écrivais dans l’article « 
10 raisons d’en avoir marre de la génération Y »  on parle aussi d’eux car ils sont présentés comme les remplaçants des Baby-boomers (ne nous emballons pas tout de même, les Boomers sont encore là pour quelques années). Quant aux seniors, entre la loi sur le maintien dans l’emploi, l’allongement de la durée de vie professionnelle, les retraites ou les réflexions sur le tutorat, ce sont les stars du moment.

C’est pourtant la Génération X qui arrive progressivement au sommet de la hiérarchie. C’est cette génération de quadra qui est  à l’initiative des changements managériaux de ces 20 dernières années (Management collaboratif, équipes projets, …) et qui amène avec elle changements sociétaux et technologiques. Mais cette génération doit-elle finir comme le Prince Charles ? Attendre le trône pendant trente ans pour que ce soit le fils ainé qui bénéficie de la promotion ? Doit-elle se résigner d’être qualifié de « X » par un soi-disant manque de différentiation culturelle ?

Les caves se rebiffent

Mais les X commencent à se rebiffer. Comme par exemple Frédéric Cavazza « Qui sont les vrais jeunes ? » qui souligne que « ce ne sont pas les Yers qui vont bouleverser le monde de l’entreprise. Je penche plutôt pour une évolution sans rupture vers de nouveaux modes de collaboration et règles de gouvernance que vers un scénario avant / après. »
Question légitime « Faut-il être jeune pour révolutionner une entreprise ou une industrie ? » Ce que font et continuent de faire Richard Branson ou Steve Jobs. C’est une question de personnalité, de contexte de vie, d’ouverture sur le monde…pas d’âge.

Mais voilà, la génération X, surnommée aussi génération sacrifiée, est décrite comme une génération qui a été élevée par des parents dont l’identité s’est construite dans un monde sécurisant, marqué par une forte croissance économique, une haute qualité de vie, un système d’ascenseur social automatique (dixit l’OCDE), un diplôme synonyme de parcours professionnel et une retraite assurée.

En réalité, la génération X s’est retrouvée au pied du sapin de Noël sans les cadeaux qu’on lui avait promis. Cette génération a grandit pendant une période de transition sociétale profonde, marquée par l’antagonisme entre des valeurs et des principes de vie véhiculés par leurs parents (respect de l’autorité, loyauté, moralité…) et un monde devenu instable après la chute du bloc de l’est, matérialiste, individualiste, bref l’opposé de ce que l’on leur a appris. Comment être loyal envers une entreprise qui vous vire sans état d’âme ? Pourquoi collaborer avec une bande de mercenaires ? Quel est ma place dans ce foutoir ?…

Alors est-ce une génération de frustrés qui aujourd’hui souhaite se tailler la part du lion et avoir la place qu’ils jugent leur revenir à la mode « chacun son tour »?

Je suis intimement convaincu que si l’on parle autant des « Y » ces jours-ci – facilement réduit en « jeunes » pour se rassurer – Lisez notre définition de la Génération Y si vous ne l’avez pas encore fait –  c’est autant par leur comportement que par le questionnement de leurs parents et de leur encadrement, sans doute en quête de sens et de compréhension.

Pourquoi il faut compter sur les X :

Leur connaissance des technologies. Je suis toujours surpris en intervention dans des écoles, de constater que les étudiants ne savent pas réellement utiliser les outils à leur disposition !  Bien sur qu’ils utilisent facilement Facebook ou une application téléchargée sur leur téléphone, mais demandez leur qui sait ce qu’est une Timeline sur Twitter, s’ils savent utiliser Netvibes pour faciliter leur recherche d’emploi ou encore s’ils savent créer une veille sur un sujet donné…Vous verrez que sans formation, ils n’ont pas plus « d’internet dans le sang » que les quadras !

– Leur situation culturelle. On attribue aux jeunes d’aujourd’hui des comportements et des modes de pensée qui, il faut enfin le dire, ont été impulsés par la génération X. Qui s’est  battu contre la lourdeur des organisations bureaucratiques et inventé la direction par objectifs, le travail en mode projet, le management individualisé ? Qui sont les consultants à l’origine de l’émergence de la gestion des émotions et du stress ? Qui a milité pour l’égalité des chances et le respect de la diversité ? Qui est à l’initiative des innovations technologiques que nous connaissons ?  Vous l’avez compris, les évolutions majeures récentes sont à l’initiative de cette génération que l’on dit sacrifiée . Je me demande encore en quoi d’ailleurs. Interrogez les X,  je ne suis pas certain qu’ils aient le sentiment d’avoir été sacrifiés. En revanche nombreux vous diront probablement qu’ils ont du s’adapter à un nouveau modèle social. Génération Pivot plus que sacrifiée finalement.

Leur volonté de changer le monde. Si vous avez l’occasion de vous rendre à l’une des soirée « Trajectoire Y » que nous co-organisons tous les deux mois avec Olivier de Danone Communities, Benjamin de la Croix Rouge, Jérome des Green Drinks, ou Aurélie de Babyloan, vous verrez que derrière beaucoup  d’initiatives sociales et solidaires se cache un quadra qui cherche à faciliter les choses pour son prochain.

Plutôt que de parler de génération X, pourquoi ne pas leur donner un nom : Génération « transition », « impulsion » ou « innovation » au lieu de leur attribuer une lettre de l’alphabet dont beaucoup de personnes ne comprennent pas le sens et confondent avec la théorie X/Y de Mc Gregor.

Les différents types de X

Si vous en avez le temps, lisez aussi l’étude d’Alter Ego Solutions sur la génération des quadras ou « Génération discrète« . Décrite comme  impatiente, critique et bloquée dans sa progression par les seniors, les quinquas et la génération Y :

  • Les compétiteurs (15 % des répondants) apprécient leur travail, sont optimistes, individualistes, conquérants et à la recherche de challenges ;
  • Les bâtisseurs (26 %) sont ambitieux et confiants, veulent s’engager dans un projet collectif et peser sur la stratégie d’entreprise ;
  • Les alternatifs (18,6 %) sont désabusés, en quête de sens à leur travail et d’une mobilisation dans un projet collectif ;
  • Les libres arbitres (20,3 %) sont indépendants et créatifs, très attachés à leur autonomie, dotés d’un sens de l’initiative et de souplesse ;
  • Les cocooneurs (18,6 %) sont moins impliqués, pensent n’avoir que peu de pers- pectives d’avenir, sont sensibles à la qualité de vie professionnelle et peuvent être un point d’équilibre pour l’entreprise, mais aussi une force d’inertie. Les quatras ont, en général, les mêmes aspirations que la génération Y : apprendre, découvrir, concilier vie professionnelle et privée, développer des compétences. Une génération discrète mais ambitieuse