Les échanges suscités et facilité par le réseau contribuent-ils au dynamisme intellectuel des seniors ? C’est ce que démontre l’article de Laure Belot publié récemment dans le monde qui réveille notre intérêt pour l’impact des technologies sur les seniors.

Selon le psychiatre Roland Jouvent, auteur du livre Le Cerveau magicien paru en 2009 aux éditions Odile Jacob «Facebook est peut être une clef pour éviter l’appauvrissement intellectuel car le rétrécissement des échanges fait vieillir très vite après le départ à la retraite». Toujours selon le professeur Jouvent qui en plus de ses activités d’auteur dirige le centre émotion à la Pitié Salpêtrière à Paris, «l’échange entre les individus est beaucoup plus stimulant d’un point de vue neuronal que l’activité solitaire, fût-elle intellectuelle, comme la lecture ou les mots croisés. Et ce,même par technologie interposée. Les réseaux sociaux non seulement soutiennent l’éveil, mais enrichissent sur le plan de la métacognition, qui consiste à savoir prendre en compte plusieurs référentiels à la fois. On est obligé de se mettre à la place de l’autre.»

Sur Facebook : tous égaux en droit, devoir et coup de vieux

Facebook, comme les autres communautés virtuelles, présente un autre avantage de taille : Il permet de nouer des liens sans avoir à se déplacer, une action bien plus compliquée avec le grand âge et ne dénonce pas la perte de mobilité ou la lenteur d’écriture à condition de ne pas trop utiliser le “chat”.

Le docteur Galit Nimrod, chargée de recherche au centre multi-disciplinaire du vieillissement à l’université Ben-Gourion de BeerSheva, en Israël, témoigne aussi des bienfaits des échanges sur le Net après avoir suivi pendant un an l’activité des 14 plus importantes communautés en ligne et publié ses résultats dans la revue britannique The Gerontologist. Il en ressort que ces communautés peuvent apporter un soutien social,contribuer à l’auto-préservation et servir à la découverte de soi et de sa propre évolution  contribuant ainsi au bien-être des baby-boomers et des personnes âgées !

Professeur de slam de 72 ans

Dans son article, Laure Belot nous donne ensuite le témoignage de Nicole Baudet, 72 ans (et demi) Cheveux teints en rouge qui est professeur de slam auprès d’enfants de CP à Saint-Denis et «accro à Facebook» depuis juillet 2010, au point d’y passer entre 3 et 5 heures par jour,«souvent jusqu’à une heure du matin», précise-t-elle. Son mari se dit dépassé. Dans cet espace devenu «un véritable lieu de vie», elle raconte ses joies, ses peines et ses souvenirs. «J’ai mis les photos de ma mère, de mon père qui fut prisonnier de guerre et de mes quatre enfants ». Une façon d’ancrer les fondamentaux familiaux et de les faire partager à ses descendants. «Ce sont mes petits-enfants qui m’ont poussée à aller sur le réseau», avoue-t-elle.

De plus en plus de septuagénaires…logique non ?

Difficile de savoir combien il y a de septuagénaires sur facebook. Selon Richard Allan, directeur des affaires publiques pour l’Europe, que les plus de 35 ans « représentent la catégorie qui connaît la plus grande croissance ». Selon l’observatoire des usages Internet de Médiamétrie, 6,5% des plus de 65 ans enFrance (soit 700000personnes) avaient un compte Facebook en décembre2010, une proportion qui a doublé en un an. Cette tendance se retrouve aux Etats-Unis où 4% des plus de 74 ans étaient membres d’un réseau social en 2008. Cette proportion a quadruplé en 2010.

Continuer à jouer un rôle de grand parent, même à distance

Mais la présence familiale de ces seniors n’est pas seulement passive. Danielle Bertrand, 70ans,admet que «Facebook permet de tenir un rôle qu’il n’est plus trop possible de jouer avec l’éloignement ». Cette agrégée d’histoire basée à Nîmes,qui ne voitque rarement ses petits-enfants et neveux,a ainsides contacts quasi hebdomadaires«par l’intermédiaire de leurs murs, j’ai l’impression de mieux les comprendre ».Ces échanges peuvent être également l’occasion de distiller en douceur des conseilsd’aînés.«Mon petit-fils affichait sans limite sa vie personnelle, son amour pour une fille,puis sa rupture. Je lui ai dit que cela ne se faisait pas. Il a arrêté depuis. » Un rôle d’autant plus intéressant que ce petit-fils a invité sa grand-mère à le rejoindre sur Facebook… mais pas sa mère, qui n’a donc pas accès à cette part d’intimité.