Se poser cette question est légitime mais dépassée. Affirmer que la génération Y n’existe pas est autant d’actualité que de nous annoncer que le bug de l’an 2000 n’a pas eu lieu. Cette affirmation se base sur la vision obsolète d’une Génération Y monolithique composée de 13 millions de personnes âgées de 17 à 33 ans (nés entre 78 et 94) dont les membres possèderaient des caractéristiques communes facilement identifiables.

Ouvrons une parenthèse sur cette borne démographique de  1978 à 1994. Le concept de Génération Y a été introduit en France par Benjamin Chaminade en 2007 lors d’une réflexion sur le recrutement en 2020 animé par FocusRH. Son but n’était pas de donner un repère temporel, mais de prévenir les participants de ne pas suivre les mêmes raccourcis pris par les dirigeants, managers, DRH et consultants Australiens, séduits par ce concept facile à comprendre qui permettait de distinguer les différentes générations. Ces dates de 78 – 94 sont donc basées sur la pyramide des âges Australienne !

En dépit de cette mise en garde, ces dates ont été adoptées par les médias. Le mal était fait. Le débat auquel nous assistons aujourd’hui était donc inéluctable.

Rappelons que Benjamin avait évoqué davantage la notion de « culture Y » que de « génération Y » pour éviter les raccourcis et les stéréotypes. Tout le monde est aujourd’hui d’accord pour concevoir que, si ces nouveaux comportements sont plus aisément observables chez les jeunes, ils concernent également les autres générations car ils reflètent l’évolution de la société toute entière. Il aura fallut 4 ans pour arriver à ce consensus.

Aussi, s’il s’agit d’attribuer des comportements à des personnes étant nées entre certaines dates, il est raisonnable d’affirmer que ce concept manque de pertinence. En revanche si l’objectif est de regrouper l’émergence de nouveaux comportements sous cette dénomination, nous pouvons affirmer que cette culture existe bien et qu’elle se différencie des précédentes…  comme celle d’avant et… ainsi de suite…


Il faut prendre un peu de hauteur pour voir la Génération Y

Si vous prenez un peu de champ et étudiez cette tendance au niveau de notre société, la génération Y est le symbole de l’émergence de nouvelles valeurs, attentes, comportements et habitudes de vie partagées par un groupe de personnes que l’on retrouve dans une culture trans-générationnelle. Le symbole, pas l’explication !

La Génération Y est donc un symbole qui englobe et regroupe ces changements, même si étymologiquement les mots « Génération » et « Y »  font référence à d’autres éléments contre lesquels nous militons depuis fin 2004. A voir d’ailleurs le premier article parlant de Génération Y en France qui la présente comme une mode.

Essayer d’expliquer à un chef d’entreprise que « les attentes, valeurs, comportements, postures et usages sont en train d’évoluer sous la pression de l’environnement économique et écologique, de l’éducation parentale et scolaire, ainsi que des technologies mobiles et web et qu’il importe par conséquent à l’entreprise de revoir ses modes d’attraction, de recrutement, d’intégration, de management, de formation et de fidélisation » n’était pas évident.

Maintenant dites lui « Génération Y » ! Même s’il tombera sans doute sur le raccourci « Ah, les jeunes ! » et commencera à vous raconter la dernière histoire du salarié lui demandant une référence pour aller à un entretien..d’embauche ou celui de la candidate répondant au téléphone lors d’un entretien. Ces nouveaux comportements étant de plus en plus partagés, il écoutera.


Qu’est-ce qui différencie la génération Y de la X ?

Imaginons un autre critère que celui de la « cohorte démographique » et dépassons l’approche économique proposée par Strauss et Howe pour qualifier une génération. Remplaçons-le par une approche basée sur la « culture » sur laquelle repose et se structure tout système social.

Cela pourrait donner une nouvelle grille de lecture, telle que par exemple :

  • Années 50/70 (baby-boom) : ordre et devoir
  • Années 80/90 (X) : succès et plaisir
  • Années 00/10 (Y) : liberté et bien-être

La distinction entre ces 3 générations devient plus aisée, non ? Surtout elle permet de sortir des  stéréotypes simplistes et voir les points communs entre les uns et les autres ainsi que les motifs et modalités de transitions d’une « époque » à l’autre (entendez culture).

La présentation de l’évolution de notre société par le biais de systèmes de valeurs permet en outre d’expliquer les raisons pour lesquels certains sexagénaires divorcent après 40 ans de mariage (liberté), s’éclatent sur les sites de rencontre (bien-être) et font partie des premiers à acheter l’Ipad2. Pour quelles raisons les anciens ne pourraient pas adopter le système de valeurs émergentes ?


Quels sont les apports de la notion de génération Y ?

Aborder l’évolution des comportements par le biais de la notion de « génération », en précisant que ce terme regroupe avant tout un système de valeurs, d’attentes, de comportements, d’habitudes de vie adoptés par un groupe de personnes permet de sensibiliser les entreprises sur l’évolution du monde qui les entoure, leur donner des clefs de lecture et de compréhension de ce qui change afin de les accompagner dans l’adaptation et l’évolution de leurs modes de gestion des Hommes. Mais aussi leur laisser le choix de ne rien faire.

Qui accorde de l’importance à trouver l’équilibre entre sa vie privée et sa vie professionnelle ? Les moins de 30 ans exclusivement ? Bien sur que non. Qui a à cœur de bien faire son travail et d’en être fier. Les plus de 50 ans seulement ? Bien sur que non…


Affirmer que la génération Y n’existe pas a du sens si l’on se réfère à l’âge. En revanche, si l’on adopte le critère de la « culture » tel que nous l’avons défini, nier son existence reviendrait à nier l’apparition de nouveaux comportements et ne permettrait pas d’expliquer les modalités de collaboration entre générations. Alors, finissons-en avec la classification par l’âge !